Gilles Gablain : dans la lumiere des druides

Extraits du livre "Dans la lumière des druides"

Les Druides recherchaient l’harmonie de leurs rythmes intérieurs avec ceux de la nature et la réalisation de la confusion : ne devenir plus qu’un avec la nature et l’univers. En cela, ils étaient les premiers naturophénologues (la naturophénologie sous‑entendant la connaissance de la physiologie cérébrale et des rythmes et des énergies de la nature). Merlin l’enchanteur représente l’image parfaite du druide chaman, le dépositaire de la science du dieu cerf, science de la nature. Merlin, chevauchant un cerf et suivi d’un loup, nous renvoie à l’époque et à l’image du dieu Kernunnos qui, accompagné du cerf et du loup, suggère facétieusement le Démiurge au sein de la nature, maîtrisant l’énergie (le serpent) et dévoilant l’aspect invisible de l’univers et des autres mondes.


Il apparaît évident que la naturophénologie, pratique contemporaine du chamanisme de lumière, rappelle la philosophie panthéiste de l’ancienne Grèce. Cependant, le lecteur aura compris que ce panthéisme n’est pas le seul fruit du travail imaginatif, sensitif et poétique, il provient aussi de l’énergie subtile que notre double accumule et qu’il peut déployer par la suite, projetant son aura sur l’ensemble des éléments de la création.


La pensée de lumière mélangée à notre système phénique crée une substance fluidique, la quatrième lumière, nous rapprochant des êtres de lumières, nous révélant la nature invisible et les êtres fantastiques qui l’habitent. Elémentaux, fées et lutins deviennent au cours de l’histoire les êtres légendaires, ils donnent aux lieux qu’ils habitent une connotation enchanteresse ou terrible. Fées et lutins sont également les noms donnés aux magiciennes et aux druides de la tradition celte, dont les récits mettent en scène une dame fée, une dame du lac, une dame elfe, un roi dragon… Pour extraire l’énergie de l’élément et lui donner une forme, l’intervention de l’énergie humaine s’avère nécessaire, ceci fait du magicien druide un homologue du Démiurge qui s’unit à la Terre sauvage et marie ses énergies à celles de la nature, créant ainsi de nombreux êtres féeriques et merveilleux. Ce phénomène relève non de la fable mais d’une grande connaissance de la physiologie et de l’énergie. Il n’y a qu’à s’armer de patience pour réaliser soi‑même ces fantastiques expériences de confusion au grand Tout élémental.


Cette osmose entre le héros celte et son archétype Apollon, le dieu du Soleil, apparaît fréquemment dans la littérature celtique. Le développement des qualités charismatiques par identification au dieu de lumière constitue une clef majeure des mystères druidiques. En effet, la pratique de la pensée de lumière (pensée magique) mélangée au phosphène enrichit la personnalité supérieure de l’initié, personnalité évoquant en tout point la divinité du Soleil.
Les soleils dessinés au Moyen Age présentent des rayons droits et fixes, contrastant étonnamment avec les représentations celtiques montrant le Soleil avec des rayons incurvés (de véritables roues solaires), expressions graphiques pour rendre compte de la rotation du phosphène consécutive à la fixation de l’astre roi. En effet, le tremblement et la rotation du phosphène suite à la fixation du Soleil est un phénomène tout à fait réel dont le docteur Lefebure établit la démonstration. Il organisait des réunions pour faire des phosphènes solaires en plein air, afin de produire ce qu’il appelait des « orages télépathiques ». Durant ces « orages », les participants observaient, entre autres, la rotation du phosphène solaire et son tremblement.
Les rites de la roue enflammée consistaient à pousser du haut d’une colline une roue en flammes et à la regarder rouler tout en faisant un vœu, ils étaient encore en cours chez les Germains avant la seconde guerre mondiale. Mogh Ruith, chef druide mythique d’Irlande, dont le nom signifie « serviteur de la roue », suggère lui aussi des pratiques de fixations solaires et de développement des phosphènes et des gyrophènes. Ces fixations s’accompagnent parfois de rotations, de danses circulaires, de circumambulations et de circonvolutions, conséquences de la pénétration des rythmes de l’énergie dans le corps. Le fait que Mogh Ruith soit le plus puissant des druides d’Irlande s’explique de façon notable par la présence de la roue.


Dans les temps jadis, l’énergie des éléments et des forêts fut utilisée pour des combats magiques, prenant corps parfois dans le rêve, parfois dans la réalité. La mythologie celto‑druidique contient ses héros à la roue, ou héros combattant par la roue et se transformant eux‑mêmes en roues. Par exemple, le héros Cûchulainn reçut d’un guerrier une roue et devait traverser la plaine comme cette roue ; pour exécuter cette tâche, il se transforma lui‑même en roue. Il existait également en Gaule des représentations d’un dieu à la roue, souvent associé au dieu du ciel et du tonnerre par les historiens.
Il est fascinant d’observer le druide découvrir tout d’abord les bienfaits physiologiques et énergétiques d’une roue chromatique ou enflammée avant d’en entrevoir l’usage pratique et matériel. Je comprends que sans les explications phosphéniques, d’aucuns puissent se demander ce que « boutiquaient » ces fameux druides avec leurs forêts et leurs roues. Les roues retrouvées en Bretagne, instruments souvent dotés de clochettes au bout de chacun des douze rayons, indiquent une autre forme d’usage. Il n’y a pas d’éclair sans tonnerre, point de lumière sans son et « le verbe était lumière ». La production de sons blancs par les clochettes permettait de développer sa pensée rotatoire au sein des acouphènes. De fait, la connaissance des phénomènes lumineux et de l’énergie lumineuse sous‑entendait pour les Druides une connaissance très élaborée des sons et de leurs effets puissants jusque dans la matière. N’oublions pas la lyre d’Apollon et les pouvoirs de la harpe dans la mythologie celtique, instrument magique qui est aussi l’art privilégié du Dagda (le Zeus celtique) qui sait jouer les trois airs magiques procurant sommeil, joie, ou mélancolie.
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